D’un côté il y a Tiphaine et Sylvain et de l’autre il y a Miléna et David.
Voisins du même âge, partageant les mêmes passions et la même conception de la
vie, les deux couples sont devenus inséparables et, malgré la mince cloison qui
les sépare, on peut dire qu’ils vivent joyeusement les uns avec les autres. Une
amitié fusionnelle tout naturellement renforcée quand deux petits garçons
viennent au monde pour enchanter les maisons. Maxime et Milo naissent la même
année, grandissent ensemble, comme deux jumeaux qui le soir venu rentreraient
dormir chez leurs parents respectifs. Mais ce tableau idyllique éclate
violemment le jour où Miléna est témoin d’un tragique accident qui coûtera la
vie au petit Maxime, le garçon de ses voisins. Hantée par la culpabilité de
n’avoir pas pu aider l’enfant et par la douleur d’avoir perdu un être qu’elle
aimait comme un fils, Miléna commence à s’inventer des histoires, aveuglée par
la douleur. Tiphaine lui en veut, elle va se venger, elle projette de tuer Milo
qui lui rappelle chaque jour l'enfant qu'elle a perdu. Miléna a tellement peur
de perdre son enfant, de vivre ce qu’à vécu Tiphaine… La paranoïa l’isole du
reste du monde et elle ne comprend pas que c’est peut-être elle qui est en train
de tuer son fils, à petit feu…
Quatrième de couverture: Parce que sa vie lui échappe, parce que sa petite fille de quelques mois est
morte et que son couple se désagrège, parce qu’il va mal, Jack, ancien flic
devenu vigile à l’université, accepte d’enquêter sur la disparition d’une
adolescente, Janice Tanner. Quelque temps plus tard, une autre fillette
disparaît... Autour de Jack, s’étend l’interminable hiver nord-américain, la
neige qui recouvre tout et étouffe tous les bruits, la terre si dure qu’on
n’enterre pas les morts. «Filles, roman d’amour, roman du désir et roman de la
déliquescence, de la bassesse humaine, est un livre-choc. Ces Filles-là
fouaillent nos tripes, dégraissent notre conscience. Chantent un hymne à l’amour
quand il n’y a que le désamour.» Martine Laval, Télérama
Jack, ancien militaire travaillant dans la sécurité d’une petite université accepte d’enquêter sur la disparition de Janice Tanner. D’autres filles disparaissent, sa femme le quitte, il manque de mourir après un passage à tabac... il déprime et ne peut chasser la mort de sa fille de sa mémoire.
Entre polar et drame psychologique, ce roman sur le désespoir et l'absence, nous mène à travers le gouffre qui se crée inévitablement lorsque l'amour disparaît, nous fait miroiter les issues que l'homme cherche pour échapper ou atténuer sa peine et sa culpabilité.
Après United Colors of crime, salué par la critique, Richard Morgiève
poursuit avec Boy l exploration des thèmes qui le hantent : l amour, l honneur,
le courage, la rencontre avec l autre. Une histoire d amour, comme
toujours chez Morgiève : amour-haine pour un père-voyou, amour-haine pour la
lâcheté, amour-haine pour soi-même mais quoi de plus proche de l amour que la
haine ? L amour de Boy est à la hauteur de ses impossibilités. Elle ne sait pas
qui elle est. Elle cherche désespérément l amour d un, d une autre. Roman
tragique aux allures de thriller, roman épique sur décor sanglant du monde d
aujourd hui. Roman sexuel, noir, où les fantasmes se disent à chaque
page.
Boy est en fait une jeune lesbienne de 19 ans qui se cherche encore. Elle s'occupe de son père, écrivain, qui est devenu un légume et elle revisite ses histoires afin de le sortir de son état végétatif, de le pousser à écrire à nouveau. Mais très vite le monde virtuel de Boy s'impose dans sa réalité, puisque Bill, tueur en série, traque Boy dont il est tombé amoureux.
Un univers à part, une écriture sublime... un thriller noir, très noir même, qui nous plonge dans un état de stress permanent... Une expérience de lecture hors norme, très éloignée des codes habituels des thrillers... une très belle découverte.
« Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. » Albert
Einstein. Le fils d Einstein a fini parmi les fous, délaissé de tous,
jardinier de l hôpital psychiatrique de Zurich. Sa mère, qui l a élevé seule
après son divorce, le conduit à la clinique Burghölzli à l âge de vingt ans. La
voix du fils oublié résonne dans ce roman où s entremêlent le drame d une mère,
les faiblesses d un génie, le journal d un dément. Une question hante ce
texte : Eduard a-t-il été abandonné par son père à son terrible sort ? Laurent
Seksik dévoile ce drame de l intime, sur fond de tragédie du siècle et d épopée
d un géant.
Ce roman biographique m'a passionnée. Autant on connaît tous Albert Einstein pour sa théorie de la relativité, autant on ignore bien souvent tout de sa vie privée et familiale. La première femme, Mileva, qu'il a rencontrée sur les bancs de l'université, va sacrifier sa propre carrière par amour et lui donnera 2 fils, dont Eduard, qui vers l'âge de 20 ans va commencer à présenter des symptômes de schizophrénie et doit être interné.
C'est une plongée dans la première partie du 20e siècle avec ses événements historiques marquants: les 2 guerres mondiales, la traque des juifs, la ségrégation aux Etats-Unis, etc. mais aussi une représentation du sacrifice d'une mère qui portera son fils à bout de bras jusqu'à la fin.
Très beau roman à 3 voix, Mileva, Eduard et Einstein, qui nous démontre qu'au final, même un génie tel qu'Albert Einstein, peut être doté de faiblesses et connaître des échecs fracassants.
Ilan et Chloé, deux jeunes gens spécialistes des chasses au trésor ont rêvé
des années durant de participer à la partie ultime, d’un jeu mystérieux dont on
ne connaît pas les règles, dont on ne connaît pas l’entrée, et dont on ne sait
même pas s’il existe. Mais dont on connaît le nom : Paranoïa. Lorsqu’un an après
leur rupture Chloé réapparaît dans la vie d’Illan en lui annonçant qu’elle sait
comment jouer, ce dernier a totalement rompu avec l’univers des jeux, et vit
isolé dans la maison de ses parents disparus en mer. Officiellement morts, mais
Ilan est persuadé qu’ils ont été enlevés à cause de leurs recherches
scientifiques. Après avoir refusé l’aventure, Illan cède alors que Chloé lui
fait part de la rumeur : le gagnant remporterait 300 000 euros. Après un premier
jeu de pistes dans Paris, les deux amis sont enfin sélectionnés. C’est alors
qu’ils découvrent la règle numéro 1 : « Quoiqu’il arrive, rien de ce que vous
allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. », rapidement suivie, à leur
arrivée sur les lieux du jeu - un gigantesque bâtiment isolé en pleine montagne
appelé Complexe psychiatrique de Swanessong – de la règle numéro 2 : « L’un
d’entre vous va mourir. » Quand les joueurs découvrent le premier cadavre, quand
Illan retrouve dans le jeu des informations liées à la disparition de ses
parents, la distinction entre le jeu et la réalité est de plus en plus difficile
à faire… Et Paranoia peut alors réellement commencer…
La quatrième de couverture résume assez bien le livre. On est embarqués dans un thriller haletant, l'intrigue est efficace et on tourne les pages de plus en plus vite. Voici donc une lecture que j'ai beaucoup appréciée.
Quatrième de couverture: «Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L'homme est noir, la femme est
blanche. Et alors ?»
Mais qu'elle est brève cette quatrième de couverture! Tous les espoirs étaient dès lors permis...
Solange, l'héroïne française devenue actrice aux Etats-Unis, rencontre Kouhouesso à la fête donnée par George (what else?) et c'est le coup de foudre... Nous voilà donc embarqués dans une histoire d'amour, mais quel amour? Face à nous une femme blanche qui aime passionnément un homme noir qui ne le lui rend guère puisqu'il ne fait que passer pour lui faire l'amour et ne souhaite pas trop partager quoi que ce soit. Mais Solange s'obstine, s'empêtre dans cette souffrance, dans cette attente qui jamais ne cesse, jusqu'à perdre sa propre identité... pourquoi?
Je dois avouer que très vite Solange m'a beaucoup énervée... elle se rabaisse, attend, est aux petits soins, ne s'impose pas, ne vit presque pas quand Kouhouesso n'est pas là... comment peut-on s'oublier autant à cause d'une rencontre qui au final n'apporte pas grand-chose? Tout au long du roman j'ai voulu la secouer, lui dire d'arrêter de se soumettre et de se sauver de là... impossible d'établir une connexion, voire une compréhension avec l'héroïne et cela explique pourquoi je n'ai pas vraiment aimé ce roman.
Quatrième de couverture: Un dimanche matin, au milieu d'une session de thérapie collective organisée dans
un ancien monastère de Varsovie, l'un des participants est retrouvé mort, une
broche à rôtir plantée dans l'oeil. L'affaire est prise en main par le procureur
Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief,
Szacki ne sait même plus si son quotidien l'épuise ou l'ennuie. Il veut du
changement, et cette affaire dépassera ses espérances. Cette méthode de la
constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle
basée sur les mises en scène... Son pouvoir semble effrayant. L'un des
participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point
de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du
communisme ? Zygmunt Miloszewski signe un polar impressionnant, où s'affrontent
la Varsovie d'aujourd'hui et les crimes du passé.
L'histoire se déroule entre le 5 juin et le 17 juin 2005. Chaque jour correspond à un chapitre. Un dernier chapitre correspondant au 18 juillet 2005 vient clore le livre. Chaque chapitre débute par un rappel historique faisant référence à la date en question et présentant les événements ayant eu lieu à cette date.
Le procureur Szacki est appelé parce qu'un meurtre a eu lieu dans un ancien monastère de Varsovie; la victime participait à un weekend de thérapie et a été retrouvée morte, une broche à rôtir planté dans l'oeil. Qui est le meurtrier? L'un des participants? Le thérapeute?
C'est un polar efficace qui présente la particularité d'aborder le sujet de la thérapie collective dite de la "constellation familiale". Il nous emmène profondément dans le ressenti psychologique des personnages sur fond de réalité historique lorsque la Pologne se trouvait sous le joug des communistes. Finalement, on suit le travail d'un procureur en Pologne, modeste rouage de la justice polonaise, qui ne lâche rien et auquel on s'attache en raison de ses moultes doutes et faiblesses.
Quatrième de couverture: « Florence, Suzanne, Judith. Elles forment une sarabande dans ma
tête. Leur amitié m'a construite et m'a rendue différente. Avec elles, j'ai
ressenti ce à quoi nous ne pensions jamais, ce que vivre signifiait. »Une
nuit d'été, la narratrice se réveille, submergée par une vague de souvenirs
qu'elle croyait enfouis dans l'oubli. Sous ses yeux défilent les vies de trois
amies avec qui elle a grandi, trois femmes aux destins poignants, trois parties
d'elle qu'elle rassemble soudain. Roman sur la jeunesse, ses espérances, ses
illusions, ses foucades et ses coups de foudre, Immortelles est surtout
un hymne à l'amitié féminine.
Tour à tour on découvre Florence, Suzanne et Judith, ces femmes qui sont entrées dans la vie de la narratrice. On va les croiser au fil des chapitres, chacune son tour, on va entrer dans leurs vies, observer la rencontre et deviner le parcours.
J'ai eu du mal à percevoir où l'auteur voulait arriver, j'ai attendu désepéremment de faire le lien entre ces 3 femmes, j'ai espéré que leurs chemins finissent par se rejoindre à un moment donné... mais non, on assiste simplement à des tranches de vie de la narratrice, qui ont lieu à tour de rôle avec chacune d'elles. Au final donc un roman qui m'a un peu déçue même si l'hymne à l'amitié féminine était bel et bien présent.
Abandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks,
Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée
par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant
toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire. Devenue
Meredith "M.R" Neukirchen, première femme présidente d’une université de grand
renom, Mudgirl, brillante et irréprochable, fait preuve d’un dévouement total à
l’égard de sa carrière et d’une ferveur morale intense quant à son rôle. Mais
précisément épuisée par la conception d’une rigidité excessive qu’elle a des
devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant
secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis
à la veille d’une guerre avec l’Iraq (crise qui la contraint à s’engager sur un
terrain politique dangereux) et confrontée à la classique malveillance sournoise
des milieux académiques, M.R. se retrouve face à des défis qui la rongent de
manière imprévisible. Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître, censé lui
rendre un peu de l’équilibre qui lui échappe, va au contraire la jeter dans une
terrifiante collision psychique avec son enfance et menacer de l’engloutir une
fois encore, mais dans la folie. Cette impitoyable exploration des fantômes du
passé, doublée du portrait intime d’une femme ayant percé le plafond de verre à
un coût gigantesque, fait de ce livre ainsi que l’a proclamé la critique, "un
géant parmi les grands romans de Oates".
Meredith Neukirchen a parfaitement réussi sa vie professionnelle; professeur de philosophie, elle est nommée présidente d’une des universités les plus prestigieuses. Elle est la première femme à exercer cette fonction et ne doit sa réussite qu'à ses compétences et à son acharnement au travail. Celle qu’on appelle plus volontiers M.R. a un amant, mais ce dernier est marié, et donc assez absent de sa vie.
Petit à petit, on va plonger dans le passé de M.R. Lorsqu'elle était petite fille, elle a failli se noyer dans les eaux boueuses de la Black Snake River où sa mère l'a abandonnée dans un accès de folie. Placée dans une famille d’accueil, elle devient Jewell, et grandit au milieu d'autres enfants, au milieux des cris et des câlins peu nombreux. Enfin, elle est adoptée par un couple de quakers, les Neukirchen, et devint la fille unique de Konrad et Agatha, emplis de regrets suite à la perte de leur petite Merry. Et c'est ainsi qu'elle devient Meredith Ruth.
Bien ancrée dans sa réussite sociale, M.R. va être rattrapée par son lourd passé qu'elle va devoir affronter si elle ne veut pas sombrer dans la folie...
Joyce Carol Oates nous décrit un destin hors du commun, celui de M.R. Mais la stabilité mentale de cette dernière menace de s'effondrer si elle n'accepte pas de retourner à la boue qui a failli lui arracher la vie... seul ce retour en arrière douloureux lui permettra peut-être de trouver l'apaisement, voire la rédemption.
"Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais
passer le plus clair de l'été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme
que vous habitiez jadis, Hallgrimur et toi". C'est ainsi que Bjarni Gíslason de
Kolkustadir commence sa réponse - combien tardive - à sa chère Helga, la seule
femme qu'il aima, aussi brièvement qu'ardemment, du temps de sa jeunesse. Et
c'est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches
solitaires, et sa charge de contrôleur cantonal du foin dans ces rudes espaces
que l'hiver scelle sous la glace, on découvre l'âpre existence qui fut la sienne
tout au long d'un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gislason de
Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave pétrifiée de sa terre
d'Islande, soumis aux superstitions et tout irrigué de poésie, d'attention
émerveillée à la nature sauvage. Ce beau et puissant roman se lit d'une traite,
tant on est troublé par l'étrange confession amoureuse d'un éleveur de brebis
islandais, d'un homme qui s'est lui-même spolié de l'amour de sa
vie.
Ce livre court prend la forme d’une longue lettre qu'un vieil homme à l'approche de la mort écrit à celle qu’il a aimée. Tout au long de sa lettre, on découvre leur histoire, leur vie et surtout ses sentiments. On découvre qu'ils étaient tous deux mariés et voisins, que la vie les a rapprochés jusque dans la plus profonde intimité, que la passion les a dévorés au point d'envisager de tout quitter... mais la raison l'a emporté sur les sentiments, et chacun retourne dans le droit chemin en cultivant d'immenses regrets par rapport à cet amour perdu.
Une belle lecture et malgré l'attachement qu'on peut ressentir pour le vieil homme, on ne peut s'empêcher de lui en vouloir de ne pas avoir suivi son coeur... quelle tristesse que cette vie de sacrifices remplie de regrets.
Quatrième de couverture: Comprendrez-vous avant Jo ce qui le pousse à tuer ? Jo Simon est un serial killer. À son corps défendant. Une force inconnue l’oblige à tuer. N’importe qui. Quand la pulsion est passée, il tente de comprendre ce qui la déclenche. Pour l’enrayer. Ce qu’il veut, c’est vivre son bonheur avec Rosa, dont il est fou amoureux. C’est une autre jeune femme, belle et mystérieuse, qui va l’aider à comprendre ses pulsions de meurtre. Mais ce qu’il va découvrir est plus effroyable encore que ce qu’il imaginait… Inéluctable de Patrick Sébastien, un roman noir, qui explore l’âme avec empathie. Des personnages attachants et terriblement humains.
Jo Simon, routier, se lance dans le meurtre en série poussé par des pulsions qu'il n'arrive pas à expliquer et encore moins à contrôler. Au fur et à mesure des meurtres, il essaie de recouper les événements ayant précédé ses crimes pour trouver l'origine des pulsions pour peut-être réussir à les empêcher, car Jo souhaite retrouver une vie normale et vivre son amour débordant pour Rosa... mais ce sont les secrets de son passé qui vont fournir les réponses...
J'avais adoré La Cellule de Zarkane, polar que l'auteur avait publié sous le pseudonyme de Joseph Lubsky. Sans être magistral, ce polar est néanmoins bien ficelé et le plaisir de lecture était au rendez-vous, même si je n'en garderai pas un souvenir intarissable.
En Afghanistan, des années 1950 à nos jours, mais aussi à Paris dans les
années 1970, en Californie dans les années 2000 et sur une île grecque
aujourd’hui. A Shadbagh, un minuscule village agricole, Abdullah, 10 ans,
s’occupe de sa petite sœur Pari. Entre les deux enfants, le lien est
indéfectible, ce qui leur permet d’oublier la mort de leur mère, les absences de
leur père qui cherche désespérément du travail et ces jours où la faim les
tenaille encore plus qu’à l’habitude. Un jour, leur père décide de partir pour
Kaboul où l’oncle Nabi lui aurait trouvé un emploi et d’emmener Pari avec lui.
Abdullah sent qu’il se trame quelque chose. Et de fait, leur père, préférant «
couper un doigt pour sauver la main », vend Pari à la riche famille pour
laquelle travaille Nabi. Une séparation déchirante qui pèsera sur toute la vie
d’Abdullah, même après son exil aux Etats-Unis. La petite Pari oublie et grandit
à Paris où sa mère, Nila, trop libre pour la société afghane, s’est enfuie au
milieu des années 50. Nabi est resté auprès de Suleiman, le mari de Nila, devenu
handicapé suite à un AVC. Des années plus tard, bien après la chute des
Talibans, Abdullah n’a pas oublié Pari qui, elle, n’a jamais pu combler une
sensation de vide, comme s’il lui manquait quelque chose d’indispensable, dont
elle ignorait tout…
L'histoire démarre à Shadbagh, petit village afghan, où Saboor raconte une histoire à ses enfants, Pari et Abdullah, juste avant le coucher. Le lendemain il doit partir avec Pari à Kaboul pour la vendre à une riche famille. Au fur et à mesure des chapitres, on découvre d'autres personnages et on vogue entre passé et présent, ce qui peut donner l'impression d'avoir affaire à suite de nouvelles, mais petit à petit on arrive toujours à établir un lien entre les différents personnages.
Il s'agit là d'un livre magnifique sur l'Afghanistan, mais aussi sur les travers de l'être humain, ce qui suscite énivitablement son lot d'émotions pendant la lecture.
Extrait: "Bien des années plus tard, lorsque a débuté ma formation de chirurgien esthétique, j'ai compris une chose qui m'échappait encore au moment où j'essayais de convaincre Thalia de partir. J'ai appris que le monde ne voit pas ce qu'il y a en vous, qu'il se moque complètement des espoirs, des rêves, des chagrins qui reposent cachés sous votre peau et vos os. C'est aussi simple, aussi absurde et aussi cruel que ça. Mes patients le savaient, eux. Ils constataient qu'une grande partie de ce qu'ils étaient, de ce qu'ils seraient ou de ce qu'ils pourraient être dépendait de la symétrie de leur ossature, de l'espace entre leurs yeux, de la longueur de leur menton, du fait qu'ils aient ou non un angle naso-frontal idéal ou pas. La beauté est un don du ciel énorme, immérité, accordé de manière aléatoire et stupide. J'ai donc choisi ma spécialité pour redresser la balance en faveur de gens comme Thalia, pour rectifier à chaque coup de scalpel une justice arbitraire, pour opposer une petite résistance à un ordre mondial que je trouvais disgracieux, un ordre dans lequel une morsure de chien pouvait priver une petite fille de son avenir, faire d'elle une paria, un objet de mépris."